2/01/2007

Petite Histoire sans Grande prétention

Sachez que pendant deux ans, j'ai fait de la radio. Avec des amis nous tenions une émission dans une radio locale, qui parlait de cinéma. Une semaine il a été décidé que le thème de l'émission serait en gros "fais ce que tu veux tant que ça a un rapport avec le cinéma". Alors j'ai écrit cette petite histoire.

Je tiens la porte et la laisse passer. Nous entrons enfin dans la salle.
Alors que nous cherchons des places, je regarde autour de moi. C’est étrange, et je n'y avais songé auparavant, mais j’ai l’impression de me trouver au milieu d’un lieu de culte.
Toutes ses têtes, tournées vers une même direction, pareilles à une foule de fidèles attendant patiemment l’office. Ils sont assis là, tournés vers leur dieu unique, qui, moyennant une offrande à l’entrée (et occasionnellement une offrande réduite pour les étudiants et les demandeurs d’emploi) les récompensera chaleureusement d’un nirvana de divertissement.
Je me reprends. Pourquoi ai-je de telles pensées en un tel moment ? Est-ce dû à sa présence ? Au fait qu’elle soit si proche de moi ?
Finalement nous trouvons nos sièges. « Pas trop près de l’écran car cela me fait mal aux yeux » me confie-t-elle. Je hoche la tête en signe d’obéissance. Nous échangeons quelques mots timides et enfin la lumière se tamise, le monde s’éteint progressivement.
Face à nous, les immenses paupières de cette divinité tant adorée s’ouvrent et nous abreuvent d’images multicolores. Nous rions encore comme des gamins, nous moquant des futilités commerciales qui se succèdent inlassablement.
Puis enfin cela commence.
Je n’en connais même pas le sujet, je me suis simplement contenté d’accepter quand elle a choisi en réponse à mon invitation. Je ne suis peut-être pas très doué en matière de premier rendez-vous, mais j’ai vite compris qu’il ne fallait jamais refuser quoi que ce soit. D’autant plus quand ce « quoi que ce soit » vous est proposé par une jolie fille.
Moi qui suis d’ordinaire si pointilleux (trop sûrement), je n’ai même pas pris la peine de me renseigner sur ce que nous étions sur le point de contempler pendant presque deux heures. Cela aurait aussi bien pu nous conter les mœurs des bouquetins des steppes de l’Oural que mon enthousiasme serait resté inchangé.
Alors que sur l’écran l’action prend place, mes yeux ‘égarent sur sa silhouette. Ses jambes, nues sous sa jupe, se devinent à peine, cachées par sa veste parfaitement pliée sur ses genoux. Sa peau semble d’un blanc immaculé, presque irréel. Est-ce mon regard qui la transforme ainsi ou la lumière si particulière qui règne dans ce lieu ?
Les personnages nous sont présentés. Le héros, l’héroïne, leur quotidien… Peu importe ce qui se déroule, je ne le suis pas vraiment. Pour tout dire, je me moque éperdument des protagonistes de cette histoire. Je leur préfère le spectacle que m’offre sans le savoir ma voisine de siège. Je continue ma discrète exploration contemplative.
Ses mains fines et fantomatiques sont sagement posées l’une sur l’autre, sur ma veste. J’hésite. Ma propre main (d’apparence monstrueuse en comparaison) s’élève fébrilement et s’approche des siennes. Jamais auparavant quelques centimètres ne m’avaient paru si lointaine distance. Ma main tremble un peu, puis je la repose à sa place, sur mon accoudoir. Je retiens mon souffle quand elle lève l’une des siennes, mais je ne suis pas très surpris de la voir plonger dans un sachet de friandise.
A ce moment, la salle entière part d’un même rire. Elle aussi rit, et se tourne vers moi, certainement pour s’assurer que j’ai également saisi la finesse de la plaisanterie. Je souris effectivement. Mais les répliques, aussi humoristiques qu’elles puissent l’être, n’y sont pour rien. Elle semble satisfaite de ma réaction, et se concentre à nouveau sur son occupation. Je retourne à la mienne.
Je m’étonne de l’effet que peut me procurer ce petit bout de femme. Bien sûr qu’elle m’avait séduit avant cette invitation, mais ici, plus rien n’est pareil. Son corps semble flou, fragile, envoûtant. Mon regard monte vers son cou parfait, et s’apprête à se poser sur son visage, à s’émerveiller de chaque grain de beauté, de chaque trait gracieux, quand un cri strident me sort de ma rêverie.
Sur l’écran, l’héroïne en pleurs entretient une conversation téléphonique mouvementée. Je ne saurai vous dire avec qui et pourquoi… Je suis néanmoins surpris par la progression de l’histoire. De toute évidence, elle touche à sa fin et ne m’a semblé durer que quelques trop courtes minutes. Comme presque toujours, cela me désole. D’habitude, c’est parce que je voudrais voir les films que j’aime s’étendre à l’infini, ne jamais se terminer. Pas cette fois-ci…
En réponse à ce secret signal d’alarme, je me hâte de reprendre mon loisir où je l’avais laissé. Je suis littéralement sous le charme des ombres qui dansent sur son visage au rythme lent des images. Je reste tétanisé, comme si je croyais à peine à ce que j’ai pourtant sous les yeux. Je n’ai même pas le temps de détourner mon regard quand le sien se pose sur moi. Apparemment, elle a compris ce qui retenait réellement mon attention ce soir. Elle me sourit et tourne à nouveau la tête pour assister au dénouement. Ne sachant plus trop comment réagir, je l’imite.
C’est donc tout ce que j’aurai retenu de ce film. Le héros fait arrêter son taxi, et rejoint dans une foule son aimée. Il lui chuchote quelques mots incompréhensibles à l’oreille, l’embrasse, et disparaît… J’attends la suite, qui n’arrivera jamais, quand je sens sa main froide sur la mienne. De minuscules noms blancs se mettent à défiler sur la toile couleur de nuit, et nous échangeons un long regard, sans un mot. Je me sens stupide à l’idée de ne pas savoir quoi dire. C’est elle qui rompt le silence.
« Tu as aimé ? me demande-t-elle.
- Oui, lui réponds-je sans mentir. »
Et, alors que se referme l’œil géant du dieu Cinéma, et que l’univers s’illumine à nouveau, elle pose sur mes lèvres le plus doux des baisers.
Un baiser au goût de pop-corn.


Générique

10 commentaires:

Jac a dit…

C'est Tilde qui doit être contente d'avoir un romantique comme toi... ;)

Très sympa. Ca me donne envie d'aller au ciné avec ma chérie ce week-end tiens... mais pour aller voir quoi... oarfff, après tout je m'en cogne, du moment que j'y vais avec elle :D

Jac a dit…

C'est Tilde qui doit être contente d'avoir un romantique comme toi... ;)

Très sympa. Ca me donne envie d'aller au ciné avec ma chérie ce week-end tiens... mais pour aller voir quoi... oarfff, après tout je m'en cogne, du moment que j'y vais avec elle :D

Jac a dit…

C'est Tilde qui doit être contente d'avoir un romantique comme toi... ;)

Très sympa. Ca me donne envie d'aller au ciné avec ma chérie ce week-end tiens... mais pour aller voir quoi... oarfff, après tout je m'en cogne, du moment que j'y vais avec elle :D

Cath a dit…

jac se répète... :o)))

superbe histoire.. qui se finit bien, pour ne rien gacher!!

Merci

Grizzly a dit…

c'est fou l'impression d'avoir vecu la meme scene..sauf peut etre la fin a mon grand regret :s

Ce serai pas "Lost in traslation" par hazard le film???

Ludie a dit…

Moi je dis: trop mignon pour être vrai!

ced a dit…

Grizzly > Gagné ;)

Grizzly a dit…

\o/

Le Petit Nico a dit…

C'est marrant , je viens de tomber sur cette partie du blog , je pensais pas que tu éprouverais le besoin de parler autrement que par bd !

Lost in Translation ? un film genial , "mon" film commun avec ma copine a moi ...

Grizzly a dit…

Arrrg 1 semaine sans nouvelle nouvelle (non je begaille pas...)
L'effet de manque ce fait sentir O_o